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Animalité(s)

(Triptyque)

Il y a quelque chose d'insondable dans le regard des animaux, quelque chose qui fait que nous nous reconnaissons en eux mais en même temps quelque chose qui nous semble totalement étranger.

C'est dans la spécularité de cet échange de regard que mon humaine condition prend forme. Regard condescendant d'une humaine descendance qui doit à l'animal son histoire et son humanité (1)..

Le regard aux aguets du photographe, regard sur le qui-vive est un regard animal, il procède d'une époché, d'une suspension du sens. La photographie est une "zone objective d'indétermination" un "devenir animal" (2), l'extase d'un être là qui s'ouvre à l'altérité. Elle est le reflet d’un "ailleurs où le réel est sommé d'aller se faire voir" (3), un ailleurs supposé nous le rendre enfin accessible.

 

  1. Jacques Derrida, L’animal que donc je suis, Éditions Galilée, 2006

  2. Gilles Deleuze et Felix Guattari, Capitalisme et schizophrénie 2 : Mille plateaux, Les éditions de minuit, chapitre 10. Le concept de devenir-animal traverse toute l’œuvre tardive de Gilles Deleuze, qui y consacre un chapitre entier dans Mille Plateaux. 2004, p. 120-226.

  3. Clément Rosset, Le réel et son double. Essai sur l'illusion, Collection Folio essais (n° 220), Gallimard. Pour C. Rosset, le réel n'est généralement admis que sous certaines conditions et seulement jusqu'à un certain point, s'il abuse et se montre déplaisant, la tolérance est suspendue. Un arrêt de perception met alors la conscience à l'abri de tout spectacle indésirable. Quant au réel, s'il insiste et tient absolument à être perçu, il pourra toujours aller se faire voir ailleurs.

Texte de clôture de l'exposition animalité(s) à l'orangerie du Parc de la tête d'Or :


Échange de regards, regards échangés. 
C'est dans l'instant de cet échange que loge le vide de notre incompréhension mutuelle. Ensuite, et seulement ensuite, viendra le cadre rassurant des catégories, je suis humain... tu es animal, mais l'espace d'un instant une rencontre aura eu lieu, nous aurons été bête tous les deux.
Ce discours vaut pour l'échange entre humain et animal, il vaut aussi pour la relation qui s'établit entre le photographe et le spectateur au travers de la photographie.
Par le choix de mes sujets et la manière de les traiter, je cherche à créer les conditions pour faire naitre ce sentiment d'hébétude propice à une rencontre.