L'adieu aux plages

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Il arrive un âge où certains voyages commencent à devenir les derniers.
Depuis l'enfance, les plages corses constituent pour moi une géographie intime. Je les ai parcourues enfant, puis retrouvées à plusieurs reprises à l'âge adulte, faisant le tour de l'ile comme on revient périodiquement vérifier l'existence des lieux qui ont contribué à nous construire.
Sachant qu'un jour prochain je ne serais probablement plus en mesure d'accomplir ce périple, j'ai décidé de l'anticiper. Je suis retourné sur ces plages pour les photographier une dernière fois.
Je pensais être celui qui allait disparaître du paysage.
Mais en arrivant sur les lieux, j'ai découvert que le paysage avait lui aussi commencé à disparaître.
Certaines plages de mon enfance avaient reculé, d'autres s'étaient profondément transformées, certaines portions n'existaient simplement plus. L'érosion du littoral et l'élévation du niveau de la mer inscrivaient dans le présent les prémices d'une disparition qui n'était plus seulement la mienne.
L'adieu changeait alors de sens.
J'étais venu dire adieu aux plages ; certaines avaient déjà commencé à nous dire adieu.
Deux temporalités se rencontraient : celle, biographique, d'un homme confronté à sa finitude et celle, géographique et climatique, d'un littoral dont les formes que je pensais permanentes se révèlent
transitoires.
Entre les deux demeure la photographie.
Elle ne préserve ni les corps ni les paysages. Elle ne suspend aucune disparition.
Dans cette série, elle possède cette faculté singulière de partager dans le présent l'expérience d'une disparition à venir.





































