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Note d'intention
"Mémoire des lieux"

La toponymie :

Chamonix : champ fortifié, champ du meunier, fréquenté par les chamois, champ rocailleux, champ des hauteurs…

L’origine du nom de Chamonix n’a pas fini de faire débat et les spécialistes d’onomastique, dans leurs études sur l’étymologie des noms propres, auraient sans doute pu trouver d’autres origines encore, peut-être même plus drôles…

Les noms de lieux, avant d’acquérir leur statut de noms propres figés par les cartographes, ont été descriptifs, ou qualitatifs, ayant un sens en rapport avec les sites naturels ou avec les activités humaines qui les occupaient.

Soustraits à leur famille lexicale, mal orthographiés, ils finissent par ne plus être compris, surtout si les mots qui les composent, ou en sont le noyau, sont entre-temps sortis de l’usage.

La toponymie est la mémoire des lieux ; vulnérable, mais témoin précieux du passé, d'un passé parfois très éloigné qui, par une sorte d'inertie inhérente à son caractère, se survit à lui-même à travers les vicissitudes de l'histoire, par-delà même les changements de la langue et de la culture.

 

 

Le projet :

Les noms que nous donnons aux paysages, aux singularités topologiques qui nous entourent se retrouvent dans de nombreux noms de famille ; ce glissement de la géographie à ce qui constitue une forme d’identité est au cœur de mon projet artistique.

 

Loin de moi l’idée de « faire science » : il sera seulement question de s’appuyer sur des ouvrages et des recherches existantes en matière de toponymie locale (voir en annexe la riche bibliographie sur le sujet), dans le but d’amener les habitants à regarder le paysage autrement qu’en fonction de l’usage qui en est fait aujourd’hui, de l’inscrire dans une histoire, et de les amener à « voir » ce qui fait sens dans leur environnement et aux noms qu’il conviendrait de donner aux lieux vécus.

 

Le travail photographique que je propose s’articulera autour de deux projets complémentaires, tous deux en lien avec la mémoire des lieux :

 

  • Le premier consistera à faire un relevé photographique des lieux avec mise en avant, dans la mesure du possible, des caractéristiques topographiques sous-entendues dans leur toponymie. Ce travail sera réalisé dans un style documentaire et mettra l’accent sur le passé et les conditions qui ont prévalu à désigner ces lieux de cette manière.

 

  • Le second permettra d’identifier des lieux dont l’histoire n’a pas retenu de toponymie particulière, de les baptiser en fonction de leur singularité, de leur histoire, de leur usage… De faire un relevé photographique de ces lieux avec mise en avant des singularités retenues. Ce travail sera également réalisé dans un style documentaire et le présent y sera à l’honneur.
     

 

La médiation :

La question du positionnement de l’artiste dans la société est au cœur de ma démarche : quel est le rôle de l’artiste et quelles sont les possibles interfaces qu’il peut assurer pour démystifier l’art et le réinscrire dans un processus de connaissance ?

 

Produire une œuvre ce n’est pas seulement pour moi mener une démarche personnelle, élaborer une manière d’appréhender le monde qui se concrétiserait dans un objet, mais c’est confronter ce travail à la réalité d’une époque et de ses attentes.

 

À cette fin, les sujets que je choisis et la manière de les traiter sont en grande partie orientés pour servir de matière à un prolongement dialectique.

 

La notion de frontière par exemple, ses différentes déclinaisons (culturelles, physiques, administratives) et le basculement qui s’y opère peut être source à aborder de nombreuses thématiques. Cette notion déborde largement le contexte de la géographie et permet également de traiter le sujet des limites d’une manière plus générale (entre public et privé, entre sacré et profane…).

 

Dans le cas présent, les deux projets sont imaginés comme des ateliers interactifs avec les habitants, projets dans lesquels ceux-ci peuvent être directement impliqués.

 

  • Rechercher sur le terrain l’origine d’un nom de lieu, l’ancrer dans le passé, c’est œuvrer dans le présent à le faire exister, à perpétuer sa mémoire.

 

  • Identifier un lieu qui jusqu’à présent n’avait pas de nom, le désigner suivant ce qu’il nous dit, c’est œuvrer dans le présent à la constitution d’une mémoire pour le futur.

 

 

Bibliographie :

Bessat Hubert et Germi Claudette, Les mots de la montagne autour du Mont-Blanc, Grenoble, ELLUG, 1991.

Bessat Hubert et Germi Claudette, Lieux en mémoire de l´alpe. Toponymie des alpages en Savoie et vallée d´Aoste, Grenoble, ELLUG, 1993.

Bessat Hubert et Germi Claudette, Les noms du paysage alpin. Atlas toponymique - Savoie, Vallée d´Aoste, Dauphiné, Provence, Grenoble, ELLUG, 2001.

Bessat Hubert et Germi Claudette, Les noms du patrimoine alpin, Editions littéraires et linguistiques de l´université de Grenoble, 2004.

Bessat Hubert, Recherche sur la microtoponymie de Vallorcine, 2007.

Boyer Roland, Les noms de lieux de la région du Mont-Blanc, Nouvelle édition revue et complétée, Editions Myrtha S.A., Sallanches, 1987.

Bossard Maurice et Chavan Jean-Pierre, Nos lieux-dits. Toponymie romande, Payot, Lausanne, 1986, réédité par les éditions Cabédita, Yens sur Morges, collection Archives vivantes, 2006.

Bossus Pierre, Les Aiguilles Rouges Perrons - Fis - Massifs de Colonné et de Platé. B. Arthaud, 1974.

Bossus Pierre, Préalpes franco-suisses - Chaîne Frontière entre le Valais et la Haute-Savoie, Editions du CAS, Genève, 1979.

Chazal Annie, Toponymie de Bessans, vivre et nommer l´espace en Haute-Maurienne, Editions de Belledonne.

Dauzat Albert, Deslandes Gaston, Rostaing Charles, Dictionnaire étymologique des noms de rivières et de montagnes en France, Paris, éditions Klincksieck, 1983.

Falc´hun François et Tanguy Bernard, Les noms de lieux celtiques. Deuxième Série : Problèmes de doctrine et de méthode. Noms de Hauteurs, Rennes, Editions Armoricaines, 1970.

Gros Adolphe, Dictionnaire étymologique des noms de lieu de la Savoie, Belley, Imprimerie Chaduc, 1935, épuisé, réédité à Montmélian par La Fontaine de Siloé, collection Le champ regional, 1996.

Guex Jules, La montagne et ses noms. Etudes de Toponymie alpine. Lausanne, Rouge, Coll. Alpine, 1946, Martigny, éditions Pillet, 1976.

Kraege Charles, Lexique de toponymie alpine. Lausanne, édition Section des Diablerets CAS, 1995.

Künzi Gilbert, Lieux-dits entre Rhône et Dranse. Chablais valaisan et haut-savoyard, Yens sur Morges, éditions Cabédita, collection Archives vivantes.

Maury Léon, Les noms de lieux des montagnes françaises, Paris, éditions du Club Alpin Français, 1929.

Perrenot Thierry, La Toponymie burgonde : toponymie germanique et burgonde, toponymie franc-comtoise, toponymie romande, toponymie burgonde, toponymie savoyarde, noms composés et noms divers, préface d´ Albert Dauzat, Payot, Bibliothèque scientifique, 1942.

Rousset Paul-Louis, Les Alpes et leurs Noms de Lieux, 6 000 ans d´Histoire, Grenoble, éditions Rousset et Didier & Richard, 1988.

Vernier J. J., Dictionnaire topographique du département de la Savoie, Chambéry, Imprimerie savoisienne, 1896.

Wipf G.: Les noms de lieux des pays franco-provençaux. Chambéry, 1982.