• Facebook Basic Black

© 2015 jean-philippe Astolfi - created with Wix.com

Note d'intention
"Déplacements"

Proposition en réponse à un appel à candidature pour une bourse FIDAL.

Thème imposé : Photographie documentaire

http://www.fidalphoto.org/

 

« On s'était dépensé en vaines subtilités

pour décider si la photographie était ou non un art,

mais on ne s'était pas demandé d'abord

 si cette invention même ne transformait pas le caractère général de l'art.»

Walter Benjamin, L'Œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique

« Elle traverse les espaces, les mondes

 en se chargeant à chaque passage de sens nouveaux.

Elle se situe littéralement à travers champs.

Et c'est de ce glissement d'un champ à l'autre

que la photographie interroge l'art contemporain,

le déplace, et déjoue les conventions qui conduisent à son enfermement. »
Benoît Blanchard, Art contemporain, le paradoxe de la photographie,

 

 

Introduction:

La photographie documentaire, en tant que genre photographique restreint à ses effets de style, est une impasse. La recherche de « neutralité » du photographe qui est sa marque de fabrique n’est qu’une illusion héritée d’un positivisme doctrinaire, elle singe la démarche scientifique mais le registre de connaissance qu’elle est censée rendre accessible ne nous dit rien de ses conditions d’apparition et donc de sa possible reproductibilité. 

 

C’est en cela que la photographie documentaire est intéressante : ses limites, son impensé et son impossible scientificité sont matière à questionner ce qu’est le lieu de l’art.

 

Projet :

 

Les outils de géo-positionnement appliqués aux déplacements humains donnent à voir les tracés erratiques de nos vies en mouvement, mais on y voit également les lieux de superposition des itinéraires individuels qui sont autant de paysages que nous avons en commun. 

L'autoroute A7 fait partie de ces lieux que la plupart d'entre nous avons emprunté à un moment ou un autre de notre existence. Ce trajet qui de Lyon à la Côte d'Azur se charge de vacanciers lors des transhumances estivales est souvent vécu comme un temps perdu par ceux qui le fréquente, du temps pris sur les courtes périodes de repos durement méritées.

 
Lieu  du  temps  suspendu,  celui  du déplacement, de l a translation,
épochè  éphémère

toujours vécue comme trop longue, hors-lieux que seules certains autonautes ont habités  à   la  recherche  d'une  possible rémission (1),  lieu  que l'analyse  multiscalaire

transforme en hyper-lieu (2).

L'autoroute se vit de l'intérieure, comme une trajectoire balisée par des haltes que les mécaniques surchauffées et les corps contraints imposent, oubliant au passage les paysages dans lesquelles elle s'inscrit, ceux dans lesquels nous évoluons. S’il arrive parfois, que le paysage s'imprime sur nos rétines fatiguées par les kilomètres parcourus c'est pour nous engourdir encore plus de sa monotone platitude. Ce ne sont pas des paysages traversés, vécus dans leurs matérialités, mais des paysages insignifiants, un fond  latent  qui  défile  sous  nos  yeux  à  travers  le  parebrise  écran  de nos habitacles

mobiles. 

« Nous cherchons rarement à en savoir davantage et le plus souvent nous passons d’un endroit à l’autre, d’un espace à l’autre sans songer à mesurer, à prendre en charge, à prendre en compte ces laps d’espace » (3)

Il sera question dans ce projet de donner à voir ces paysages, de leur donner corps, de faire voir une fois de plus, ce que nous avons sous les yeux et que nous ne voyons pas.

 

Les 312 kilomètres seront parcourus à pied, seul rythme compatible avec la temporalité des lieux. Les prises de vues seront réalisées de manière systématiques en appliquant un protocole qui rendra compte de ce qui est vu, de ce qu'il est possible de voir de l'autoroute. 

Le résultat consistera en la translation d’une image mouvement (4) en une image fixe, d’une image temps en une image atemporelle, d’un espace vécu comme un inter-lieu (un lieu entraperçu lors d'une translation) en l'espace bidimensionnelle de sa représentation.

 

La photographie documentaire de paysage fait de nous des apatrides, elle nous isole de toute spatialité, nous détérritorialise se faisant elle extrait des matières et des qualités propres à la création d’un nouveau territoire, celui de « l’effet de l’art » (5)

 

 

  1. Julio Cortazar - Les autonautes de la cosmoroute 

  1. Michel Lussault - Hyper-lieux 

  1. Georges Perec - Espèces d’espaces

  2. Gilles Deleuze - L’Image-mouvement

  3. Gilles Deleuze et Felix Guattari - Mille plateaux