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Note d'intention
"De l'inventaire au musée imaginaire"

Proposition en réponse à un appel à candidature pour une résidence artistique organisé par le centre culturel André Malraux de Le Bourget

thème imposé - Thème en lien avec le patrimoine

La Capsule

 

Introduction :

 

Le musée imaginaire de Malraux est habité d’œuvres d’art aujourd’hui qualifiées d’académiques, ses écrits sur l’art se sont concentrés sur des productions artistiques nimbées d’une aura de transcendance qui les classent indiscutablement dans la catégorie des chefs-d’œuvre.

 

L’idée d’un inventaire général semble intimement liée à ce besoin qu’à Malraux de porter à la connaissance l’ensemble des œuvres marquantes censées constituer le patrimoine idéal d’une nation.

Pourtant, cet inventaire général se révèlera tout le contraire d’une histoire de l’art, sous la plume de Roger Caillois (1) c’est plutôt « (…) un tableau à entrées multiples des intentions, des continuités, des osmoses, des paroxysmes et des impasses qui en assurent l'unité comme les bifurcations. En même temps, l'échiquier des rapports inextricables des œuvres avec le climat, la technique, les mœurs, les pouvoirs, l'argent, la foi. Après l'enquête, le patrimoine entier de la planète plonge jusque dans les millénaires de la préhistoire, il annexe tout Kamchatka géographique ou mental, sans compter les résurrections qui métamorphosent. D'où un encombrement, une pléthore qui submerge et décourage (...) »

 

Malraux prendra la défense de son projet en ces termes  : « Que faire de lui ?, permettez-moi de répondre d'abord que je voudrais bien savoir ce qu'il fera de nous (…), Je crois que chacun y découvrira, qu'il le veuille ou non, son propre Trésor (…), Je crois qu'il pressentira une valeur inconnue, celle qui aura suscité ce trésor (...) C'est pourquoi je ne puis voir dans ce Musée une aventure grandiose et insensée; pourquoi je ne puis dire : rien ne surnage (...) Ce Trésor existe (...) et peut-être révèlera-t-il à nos successeurs les valeurs qui rassemblent ses œuvres... ».

 

En défendant son projet d’inventaire général, Malraux ne savait pas que celui-ci déborderait le corpus d’œuvres et d’objets du monde de l’art pour s’alimenter d’un vernaculaire jusque-là absent de son musée, il ne savait pas qu’il construisait « une formidable machine à mettre à l’épreuve ses propres idées sur l’art » (2)

 

Pour Michel Melot « Chaque époque, chaque individu recompose ainsi sa propre famille d'œuvres, qu'il nomme l'art, et communique ainsi, par ce jeu de synapses, avec les siècles et avec le monde. C'est le "Musée imaginaire", particulier à chacun, puisant dans un fonds universel dans lequel chaque homme retrouve "sa part d'éternité" » (3).

 

Le projet :

 

L’ambiguïté qui fait osciller le medium photographique entre connaissance et expression artistique sera utilisée pour questionner notre rapport au patrimoine ainsi que la manière dont se constituent les identités territoriales.

 

L’objectif sera de permettre à chacun, à partir d’un fonds d’images collectées, de constituer son musée imaginaire et de le confronter à d’autres visions afin de tracer en creux la réalité complexe d’une ville aux multiples visages.

En arrière-plan d’autres objectifs sont visés : La remise en cause des croyances attachées aux vertus mimétiques de la photographie mais également la remise en cause de la photographie en tant qu’objet et de la fétichisation qui lui est associée.

L’accent sera donné sur les basculements du sens qui s’opèrent dans les différentes étapes du processus créatif, de l’intention initiale à la monstration, en insistant sur les « renversements » (4) inhérents au processus, de nature à transformer le vernaculaire en art.

Enfin, il sera question pour moi de continuer à explorer les conditions d’apparition du sens et en quoi « L'art constitue le véritable médiateur, le méta de la métamorphose, le méta de la métaphysique paysagère. La perception, historique et culturelle, de tous nos paysages (...) ne requière aucune intervention mystique (comme s'ils descendaient du ciel) ou mystérieuse (comme s'ils montaient du sol), elle s'opère selon ce que je nomme, en reprenant le mot de Montaigne, une "artialisation". » (5)

 

La résidence proposée (de quelques mois à un an) permet d’imaginer des projets qui s’inscrivent sur la durée, c’est donc tout naturellement dans ce sens qu’est construite ma proposition.

 

La première étape consistera à créer et alimenter une base de données images réalisée à partir de prises de vues de style documentaire, reflétant ce que pourrait être un inventaire général appliqué à la ville du Bourget.

 

La deuxième étape sera d’exploiter ces « données » pour en extraire des visibilités non linéaires, sous forme d’associations métaphoriques, des « constellations » qui sont autant de « rapprochements des hétérogènes (…) en adéquation avec un regard qui interroge l’existence et le monde. » (6)

 

La dernière étape enfin permettra au visiteur de produire son propre lot d’associations en l’invitant à sortir d’une recherche d’identité formelle pour produire des narrations ou des associations à caractères poétiques.

 

 

  1. Roger Caillois, préface au catalogue de l'exposition "André Malraux" à la Fondation Maeght, en 1973, intitulée : "Esquisse de quelques-unes des conditions requises pour concevoir l'idée d'un véritable Musée imaginaire".

  2. Michel Melot, L’art selon Malraux. In Situ, revue des patrimoines, 2017

  3. Michel Melot, Mirabilia. Essai sur l’inventaire général du patrimoine culturel, Paris Gallimard, 2012

  4. Paul Klee, Journal. Grasset, 2004 – « Genèse d’un travail : 1) Dessiner rigoureusement d’après nature, éventuellement au moyen d’une longue-vue. 2) Renverser le dessin (n°1), faire ressortir au gré du sentiment les lignes principales. 3) Rétablir la feuille dans la position normale et harmoniser 1 : nature, avec 2 : tableau

  5. Alain Roger, Court traité du paysage. Fayard,2000

  6. Anne Immelé, Constellations photographiques, Médiapop éditions, 2015