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A la rencontre d'Arles

(Extraits)

Extrait de "Auto-interview":
 

Pourquoi cette série sur Arles ? commençons par cette question, pourquoi cette série sur Arles ? nous reviendrons plus tard sur la place de l’artiste dans la société.
 

Dans l’esprit de beaucoup de photographes, Arles ce sont "Les Rencontres", ils viennent, consomment des expositions, des conférences, des petits fours – Quand il en reste – et rentrent chez eux démoralisés par l’ampleur de la tâche qui leur reste à accomplir pour faire enfin partie des heureux élus exposés en grands formats dans les ateliers. Il n’y a peut-être que ceux qui participent à des workshops qui sont amenés à porter un regard plus aigu sur le lieu.

C’est une commune très étendue, et les rares photos prises par les photographes de passage aux "Rencontres" ne rendent compte pour la plupart que du cœur de ville, quand ce n’est pas uniquement des lieux où se tiennent les expositions. 
Pour moi chaque déplacement est l’objet d’une rencontre avec un lieu, je prépare systématiquement mes voyages en consultant les cartes administratives, topographiques, géologiques, en fait toutes les couches misent à ma disposition par le site Géoportail.
Dans le cas d’Arles, la consultation des cartes m’a donné une lecture du paysage qu’il s’agit maintenant de documenter. Je suis venu à la rencontre d’Arles, une rencontre que je souhaite la plus fusionnelle possible c’est pour cette raison que je prépare mes voyages. 

C’est l’occasion donnée par la visite des expositions qui t’a conduit à vouloir réaliser cette série ? Faire cette rencontre ? ou est-ce que c’était programmé ?

Il y a quelque chose de plus ici, ce n’est pas une rencontre comme les autres, ce lieu pour les photographes est chargé, il représente pour beaucoup d’entre eux une sorte d’aboutissement, exposer à Arles c’est atteindre à une forme de reconnaissance, un peu comme un césar pour les gens de théâtre, une reconnaissance par ses pairs. Il me semblait donc important de réfléchir au sens que prend cette cohabitation entre un lieu, un espace et ce qui s’y déroule, ce qui a lieu. « Le monde est ce qui a lieu » Je ne suis toutefois pas certain que le premier aphorisme du TLP de Wittgenstein possède ce double sens dans sa version originale, mais comme je ne suis pas germanophone je prends cette traduction au mot.

Il y aurait donc selon toi une relation entre ce lieu et la présence de cette manifestation ?

Il y a une relation de fait entre ce lieu et cette manifestation, parce que c’est ici qu’elle a lieu et pas ailleurs, Elle n’est pas née ici par hasard, ceux qui l’ont porté avaient un lien particulier avec ce lieu. Il suffit aujourd’hui de voir à quel point la modification du lieu, la rénovation et la transformation des Ateliers où étaient concentrées les expositions influe sur la nature des expositions, on assiste à une sorte de coévolution du lieu et de son contenu. Pour le géographe Michel Lussault l’homme est un animal spatial, il est le produit des espaces qu’il produit… et réciproquement, ici il est possible de voir cette interaction à l’œuvre.

Ce lieu a donc pour toi une valeur symbolique particulière ? Il est le lieu de la photographie ?

Je ne me sens pas particulièrement attiré par l’histoire de ce lieu, par son histoire avec la photographie, il y a d’autres lieux comme celui-ci, Châlon-sur-Saône mériterait également qu’on s’y attarde. Pour un photographe Arles est directement associée à cette histoire, j’utilise la photographie comme médium, il me semblait donc naturel d’y faire référence.  Cette série est réalisée en pensant aux photographes qui viennent ici, je voulais simplement leur faire voir qu’Arles ce n’est pas uniquement les rencontres photographiques, c’est un lieu, le lieu d’une possible rencontre, et la photographie la possibilité de témoigner de cette rencontre…