Lieux-dits

J’habite sur une colline au nord-est de la commune de Cluny qui s’appelle « Les Cras ».Cette dénomination, actée sur le cadastre a peu de chance d’évoluer dans le temps alors qu’aujourd’hui, elle évoque quelque chose de totalement différent de ce que cela pouvait être à l’origine.

 

On peut imaginer, à l’époque où cette colline n’était pas habitée, que cette toponymie faisait référence à sa géologie : le calcaire. Elle évoque pour les habitants quelque chose qui est directement lié à leurs usages, l’agriculture et l’élevage. Longtemps elle a été couverte de vigne.

 

Elle est aujourd’hui « mitée » par un habitat dispersé construit entre les années 70 et 2000. C’est un quartier résidentiel recherché pour son orientation plein sud donnant des vues exceptionnelles sur Cluny et la vallée de la Grosne. Ce quartier est connu des Clunisois comme le quartier des bourgeois, celui des médecins, dentistes, cadres supérieurs, …

 

Aujourd’hui, son évocation géologique n’a plus de sens, elle a été remplacée par une évocation sociale et le toponyme ne rends plus compte de ce nouvel usage. Certes la colline n’a pas changé de géologie, ça reste une colline calcaire mais dans l’esprit des habitant c’est avant tout « la colline des Bourgeois ».

 

Imaginons que la toponymie d’origine ne soit pas actée sur des cartes mais relève uniquement de l’oralité. On verrait certainement le toponyme « les Cras » glisser peu à peu vers « Les Gras » (il reste à vérifier si ce terme n’a pas déjà été utilisé sous forme de plaisanterie au comptoir du café du Commerce…).

 

La question que je me pose est celle de la nécessité de la préservation des toponymes comme patrimoines immatériel. En les figeant dans une époque, dans un usage, ne risque-t-on pas de tuer ce qui en fait l’originalité : la manière qu’à chaque époque de prendre possession des lieux à sa façon… ?

Travail photographique réalisé sur la commune d'Anost dans le Morvan, dans le cadre d'une résidence artistique de 3 mois

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